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Le fusil juxtaposé : la tradition au service de la chasse devant soi
Deux canons côte à côte, un port en main incomparable et un siècle et demi de savoir-faire armurier : le juxtaposé n'est pas une pièce de musée, mais un outil redoutable pour la plume et la chasse mobile.
Avant que le superposé ne s'impose dans l'entre-deux-guerres, le juxtaposé était le fusil de chasse. Des ateliers de Saint-Étienne, de Liège ou de Birmingham sont sorties des centaines de milliers d'armes à canons côte à côte, des plus simples aux plus fines. Cette production a laissé deux héritages bien vivants : une offre neuve certes restreinte mais de qualité, et un marché de l'occasion d'une richesse unique, où l'on trouve de très bonnes armes entre 300 et 1 500 €.
Ce que le juxtaposé fait mieux
À qualité égale, un juxtaposé est plus léger et mieux équilibré entre les mains qu'un superposé : sa bascule, moins haute, autorise des armes de 2,7 à 3,1 kg en calibre 12, et de 2,5 kg à peine en calibre 16 ou 20. Le centre de gravité tombe naturellement entre les mains : l'arme monte vite à l'épaule et pivote sans effort. C'est exactement ce que demande la chasse devant soi — bécasse au bois, perdreau au chien d'arrêt, faisan en remise — où l'occasion de tir dure une seconde et ne prévient pas.
Sa bande de visée large, formée par les deux tubes côte à côte, déroute d'abord l'œil habitué au superposé ; après quelques sorties, la plupart des tireurs ne la voient plus. Beaucoup de bécassiers estiment même qu'elle favorise le tir instinctif, les deux yeux ouverts, sans « viser » au sens strict.
Double détente et crosse anglaise : une logique d'usage
Le juxtaposé classique se reconnaît à sa double détente : la queue avant tire le canon droit (généralement le plus ouvert), la queue arrière le canon gauche, plus serré. C'est la sélection de choke la plus rapide qui existe — le doigt choisit le canon dans l'instant, sans manipuler de sélecteur. Autre signature : la crosse anglaise, droite et sans pistolet, qui facilite le glissement de la main entre les deux détentes et allège encore la silhouette.
Les fabrications se répartissent en deux grandes familles de mécanisme : les platines (montées sur plaques latérales, typiques de la belle armurerie) et le système Anson & Deeley, breveté en 1875, plus simple, logé dans la bascule, qui équipe l'immense majorité des armes courantes. Pour l'usage, la différence est affaire de finition et de prix bien plus que d'efficacité.
Juxtaposé, superposé, semi-auto : le match en chiffres
| Critère | Juxtaposé | Superposé | Semi-automatique |
|---|---|---|---|
| Poids courant (cal. 12) | 2,7–3,1 kg | 3,0–3,4 kg | 3,0–3,3 kg |
| Vivacité au montage | Excellente | Bonne | Moyenne |
| Sélection du choke | Immédiate (2 détentes) | Par sélecteur | Sans objet |
| Confort de recul | Le plus vif | Moyen | Le plus doux |
| Offre d'occasion | Très abondante | Abondante | Correcte |
Le revers de la légèreté est un recul plus sec : avec des charges de 36 g, un juxtaposé de 2,8 kg secoue son tireur bien plus qu'un semi-automatique de 3,2 kg. On réserve donc ces armes fines aux charges de 28 à 32 g, largement suffisantes pour le petit gibier — ou l'on passe au calibre 20 avec 24–28 g.
Bien acheter d'occasion : les points à vérifier
Le marché de l'occasion est la voie royale vers le juxtaposé, mais il demande de la méthode. Avant tout achat, faites contrôler par un armurier :
- le jeu de bascule : arme fermée, aucun mouvement ne doit être perceptible entre canons et bascule ;
- l'intérieur des canons : piqûres de corrosion, traces de bagues (gonflements) ou canons repolis trop minces sont éliminatoires ;
- les chambres : beaucoup d'armes anciennes, notamment en calibre 16, sont chambrées en 65 mm et n'acceptent pas les cartouches de 70 mm courantes — la mention figure sur les poinçons d'épreuve ;
- l'aptitude aux munitions actuelles : un canon ancien non éprouvé pour l'acier ne doit tirer que du plomb, et jamais de billes d'acier — voir notre page munitions ;
- les bois : fêlures au col de crosse et réparations masquées se négocient, ou se fuient.
Comptez de 300 à 800 € pour une arme stéphanoise robuste et saine, de 1 000 à 2 500 € pour un bel Anson d'origine française ou belge, et bien davantage pour une arme à platines signée. En vigueur en 2026, l'achat entre particuliers d'une arme de catégorie C transite obligatoirement par un professionnel et se déclare via le compte SIA ; votre armurier gère la formalité.
À qui s'adresse le juxtaposé ?
Au chasseur mobile avant tout : celui qui marche, porte son arme des heures et tire peu mais vite. Aux amoureux de belle mécanique ensuite, pour qui l'arme fait partie du plaisir. Il convient moins au tireur de ball-trap régulier — les cadences soutenues fatiguent les bascules fines et le recul devient pénible — et au sauvaginier, qui a besoin de charges lourdes. Un entretien classique suffit : canons écouvillonnés, bascule à peine huilée, bois nourris une à deux fois par saison.
Pages connexes : notre guide choisir son fusil pour hiérarchiser vos critères, et l'histoire du fusil pour comprendre d'où vient cette architecture et ce que racontent les poinçons de vos canons.